MERE SAINT ARSENE - Maryvonne Le Discord - 1832-1894

Landébaëron : Mère St Arsène (M. Le Discord)

Née à Landébaëron (Côtes d'Armor) en 1832, Maryvonne Le Discord est la plus jeune des onze enfants du foyer chrétien de Philippe et de Julie Cariou, où les nombreux mendiants de la région trouvaient toujours le gîte et le couvert.

Instruite d'abord par un voisin, qui a organisé chez lui une sorte d'école pour garçons et filles, elle sait, à 7 ans, lire le breton et le latin. A 14 ans, elle passe un an chez les Sœurs de Montbareil, à Guingamp. Très pieuse, elle ne songe pourtant pas à entrer dans cette communauté, pas plus qu'à rejoindre trois de ses sœurs dans le Tiers Ordre du Carmel, même s'il ne lui déplaît pas de les accompagner parfois à leurs réunions. Elle rentre donc, en 1847, à la ferme paternelle où elle se met au travail.


 

Mais voilà qu'en 1850 le Père Homery ouvre sa première école en région bretonnante, à Landébaëron ! Les trois sœurs de la Divine Providence attirent l'attention de Maryvonne, et elle s'ingénie à trouver des occasions d'aller chez elles… Tant et si bien qu'en 1851 elle refuse une demande en mariage. En 1852, elle entre au postulat à Créhen ; elle fait profession le 17 août 1854.

 

Quelques jours plus tard, le Père Homery, ouvrant une autre communauté en pays breton - à Pabu -, choisit la jeune sœur de Landébaëron pour y tenir l'école et former un embryon de communauté avec une sœur plus âgée. Assez vite, la nouvelle professe est troublée par les bals et autres "fêtes mondaines" qui se tiennent souvent en face de la communauté, au château St Loup.

 

A la fin de l'année scolaire, elle sollicite son changement, et on l'envoie à Morieux. Mais elle a encore soif de vie plus silencieuse, et se met à rêver au couvent de Montbareil ou au petit Carmel de Squiffiec. Elle s'en ouvre à son père. Monsieur Le Discord lui déclare sans hésiter qu'elle doit poursuivre dans la voie où elle s'est engagée. Dès lors, elle retrouve la paix.

 

Le Fondateur, du reste, a dû reconnaître en elle l'étoffe d'une vraie Fille de la Divine Providence puisque, trois ans plus tard, c'est encore elle qui est choisie pour ouvrir l'établissement de Saint-Vran, avec pour compagnes deux novices. C'est elle encore qui, en novembre 1861, est envoyée à Pleudaniel "pour y faire l'essai d'un établissement". Cette fondation (la dernière du Père Homery) a lieu dans des conditions particulièrement délicates et difficiles. Mère Saint-Arsène aide la communauté à prendre racine dans la population.

 

Après la mort de Mère Marie Joseph, Mère Saint-Arsène est élue supérieure générale, le 10 août 1872. La Congrégation compte alors 260 membres et 65 "succursales" et … un certain nombre de difficultés. La nouvelle supérieure générale se met courageusement à l'œuvre pour que les sœurs continuent "d'instruire" et d'annoncer l'Evangile. 

 

Pour que l'Evangile soit annoncé

Déjà depuis 1867 des députés contestaient la valeur de la lettre d'obédience, et Mère Marie Joseph avait commencé à présenter des sœurs au brevet de capacité. Mais 33 diplômées pour 64 écoles, c'est insuffisant. Mère Saint-Arsène va poursuivre et intensifier la préparation aux examens. Chaque année, plusieurs enseignantes viennent se recycler à la Maison Mère, au moins pendant les vacances. Pendant ce temps, les lois scolaires se succèdent.

 

La loi de 1880 ne nous touche pas. Elle interdit l'enseignement aux membres des Congrégations non autorisées, or le Père Homery a paré le coup d'avance en obtenant la reconnaissance légale de sa Congrégation dès 1841.

 

La loi de 1881 touche les religieuses qui n'ont pas encore le brevet. Celui-ci devient indispensable pour être titulaire ou adjointe dans quelque école que ce soit. Nous avons alors 66 brevets pour 66 écoles. Il faut continuer l'effort… Et, par prudence, Mère Saint-Arsène demande à quelques sœurs de poursuivre jusqu'au brevet supérieur. Dès 1882, deux sœurs obtiennent ce diplôme.

 

La loi de 1882 touche le contenu de l'enseignement scolaire, qui doit être neutre, c'est-à-dire que les cours de religion, exclus du programme officiel, ne pourront être donnés qu'en dehors des lieux et des heures de classe.

 

Tout cela, joint à diverses complications administratives, entrave l'ouverture de nouvelles maisons ; il n'y en a aucune pendant 9 ans (1877-1886).

 

La loi de 1886 touche, cette fois, le personnel enseignant, qui doit être progressivement laïcisé. Autrement dit, même si une religieuse est munie du diplôme officiel, même si elle ne donne pas la catéchèse en classe, elle n'est plus admise dans une école communale (et la Congrégation en dirige plus de 50) ; elle reste seulement tolérée dans les écoles privées (et nous n'en avons encore que 8). Les laïcisations d'écoles se font au fur et à mesure que la religieuse titulaire quitte son poste pour raison d'âge, de santé, ou d'obédience.

 

C'est ce qui arrive à Plouézec en 1888 ; et à la rentrée suivante une école privée ("libre") est ouverte à côté de l'école publique. Même scénario à Guimaëc (1892) et à Landébia (1894). Cette année-là, à la mort de Mère Saint- Arsène, la Congrégation atteint 153 sœurs diplômées pour 77 écoles.

 

L'école n'est pas pour la Divine Providence le seul moyen "d'instruire", d'annoncer l'Evangile. Il y a aussi, à la Maison Mère, l'œuvre des retraites. Mère Saint-Arsène s'est appliquée également à promouvoir ce genre d'apostolat grâce au choix des prédicateurs, aux annonces dans la presse, et à la création, en 1892, d'une retraite spéciale pour conscrits et soldats libérés. 

 

Pour que les sœurs vivent davantage.

Dès 1872, Mère Saint-Arsène transfère l'infirmerie de la communauté dans des chambres plus saines et mieux aérées. Les années suivantes, pour éviter aux sœurs les inconvénients de la cuisine sur le foyer ou de la lessive sous la pluie, elle fait placer un fourneau à charbon de bois à la Maison Mère (1877) et, au Vaugourieu, construire un toit au dessus du lavoir (1888). En 1892, pour décongestionner les dortoirs, comme pour améliorer l'accueil, elle fait exhausser d'un étage le bâtiment primitif.

 

Par "ces temps malheureux", les sœurs enseignantes affluent à la Maison Mère. Des châtelains sollicitent une sœur pour instruire leurs enfants à domicile. Au début, Mère Saint-Arsène refuse. Mais, après la loi de 1881, sur l'insistance de l'évêque, elle accède à quelques demandes, à la condition que la sœur dispose d'un temps suffisant de vie communautaire.

 

Elle constate qu'il n'est pas salutaire d'accueillir des vocations insuffisamment discernées et mûries. Et en 1875 elle fait voter par le Conseil une application plus fidèle des Statuts, selon lesquels une novice ne doit pas être admise à la profession avant 20 ans accomplis.

 

Jusqu'en 1889, il n'y avait qu'une seule retraite annuelle. Mais le nombre de sœurs allant croissant, Mère Saint-Arsène organise deux retraites à partir de 1890.

 

Tout au long de l'année, la supérieure générale remplit son rôle d'animatrice par ses visites aux communautés. A l'époque, c'est souvent une aventure dangereuse, dont le chanoine Exbource a laissé de piquants récits : "Obligée de se servir de mauvaises voitures, de chevaux vicieux, de conducteurs laissant à désirer, la bonne Mère a failli périr trois ou quatre fois dans ces voyages…". 

Personnellement, elle se ressource dans les dévotions traditionnelles de sa famille religieuse : à la Vierge Immaculée et au Cœur de Jésus.

 

En 1890, elle juge la chapelle peu digne de la Présence eucharistique. Outre les réparations qui s'imposent, elle y fait apporter quelques embellissements. Les murs, jusque là blanchis à la chaux, sont peints et décorés, de même que le plafond ; les vitres ordinaires sont rempla- cées par des vitraux, la statue "grimaçante" de St Vincent de Paul remplacée par une plus convenable ; on ajoute deux statues nouvelles : le Sacré Cœur et St Joseph.

 

La vie aimée et donnée jusqu'au bout

En 1891, souffrant d'une tumeur au côté, Mère Saint-Arsène est opérée sur place à la Maison Mère. Elle peut bientôt reprendre ses occupations habituelles.

En février 1894, nouvelle alerte, nouvelle opération en perspective… Touchée par un article d'une revue, elle fait adresser une supplique à Notre Dame des Sept Douleurs vénérée près de Lorette (Italie), par l'intermédiaire du Monastère de ce lieu. En voici un bref extrait :

"Ma bonne et sainte Mère… je vis mais je souffre et suis incapable de remplir les devoirs que ma charge m'impose. Guérissez-moi… mais si je ne dois pas guérir, inclinez du moins ma volonté vers celle de Dieu…

Jetez aussi un regard compatissant sur notre Congrégation et bénissez-en tous les membres. Obtenez à nous toutes un grand amour pour votre Divin Fils et pour vous…"

 

Il se trouve que la supérieure du Monastère est une française… de St Alban ! Elle répond chaleureusement et envoie un tableau pour la chapelle de Créhen, "en reconnaissance des joies si pures et si douces qu'elle y a goûtées et des grâces spirituelles qu'elle y a reçues, au mois de septembre 1872, quand elle eut le bonheur d'y faire sa dernière retraite avant d'entrer en communauté" (au Bon Pasteur du Mans). De cet ex-voto, Mr Exbource écrit qu'il doit être pour les sœurs "un précieux encouragement à se faire les apôtres des retraites et à y contribuer par la ferveur de leurs prières".

 

L'opération a lieu le 3 mars 1894. Le mal est plus étendu que les médecins ne le pensaient… Début juillet, à l'insu de son Conseil, Mère Saint-Arsène écrit à l'évêque de St Brieuc, Mgr Fallières, pour le prier d'accepter sa démission. La réponse est négative. Elle sollicite alors une seconde Assistante. Le poste est créé le 28 juillet, et Mère St François d'Assise nommée à cette charge. La malade réalise un autre désir : faire sa retraite en solitude. Ensuite, pendant les deux retraites des sœurs, elle les accueille, les écoute, les conseille, comme d'habitude. En septembre, son état physique s'aggrave progressivement, mais la Vierge lui a accordé la force, la confiance, la paix demandées. Elle part doucement au matin du 30 novembre. Sa tombe a été placée juste en face de l'oratoire de Marie, Mère de Bon Secours.

 

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