MERE SAINT FRANÇOIS D'ASSISE - Modeste Marie Audrains -

Née à St Vran, Mère St François d'Assise

Modeste-Marie Audrain naît le 28 novembre 1843 à St Vran. De son enfance, nous ne connaissons qu'une chose : ses études à Merdrignac, chez les Sœurs de la Croix jusqu'à l'âge de 13 ans.

Le premier dimanche d'octobre 1857, elle voit arriver processionnellement à l'église paroissiale les religieuses que le Conseil municipal a demandées pour tenir l'école communale de filles. Elles sont quatre, dont Mère Saint Arsène, leur supérieure.

En 1861, âgée de 17 ans, Modeste entre au noviciat de la Divine Providence où elle rencontre le Père Homery. Elle fait profession le 8 septembre 1863, sous le nom de Sr St François d'Assise.


La femme des situations difficiles

Dès 1862, encore novice, elle est envoyée à Pleudaniel pour seconder Mère St Arsène, dans les débuts difficiles de l'école "St Joseph", tout récemment fondée. Trois ans plus tard, à Plougastel, elle rétablit aussi la situation. Son idéal pédagogique ? Nous le trouvons dans les quatre points d'attention qu'elle donnera aux Sœurs enseignantes en 1895 : priorité à la formation religieuse, pour préparer de solides chrétiennes ; place importante aux travaux manuels, indispensables à de futures "femmes de ménage" ; souci de la santé des enfants qui ont besoin de "bonnes récréations" ; enfin, "être surtout bonnes pour les pauvres dont nous sommes les mères".

 

En 1871, des besoins d'un autre genre se font sentir. Mère Marie Joseph (qui n'a plus que quelques mois à vivre) rappelle Sr St François d'Assise à Créhen en qualité de secrétaire générale.

Sous le mandat de Mère Saint Arsène, elle cumule les fonctions de secrétaire générale et de conseillère, et prépare quelques sœurs au brevet supérieur. En 1890, elle est nommée maîtresse des novices puis seconde assistante.

Le 12 décembre 1894, elle est élue supérieure générale.

 

1895 : Sortie de Bretagne et nouvelles formes de service

En 1894, toutes nos communautés sont en Bretagne et toutes au service de l'enseignement primaire associé à la visite des malades.

Le récit du "79è établissement" commence de manière un peu solennelle : "Le 26 août 1895, les sœurs de la Congrégation franchissaient pour la première fois les limites de la Bretagne…"

 

Si l'initiative d'ouvrir un "asile" (école maternelle) à Breteuil sur Iton, dans l'Eure, revient à une personne de la localité (Mme de Bonald) l'idée d'en confier la direction à nos sœurs est due au vicaire de cette paroisse, un breton de Pleudaniel, l'Abbé Jézéquel. La maison des sœurs est bénite en septembre par l'évêque d'Evreux.

 

Dans le même temps, l'évêque de St Brieuc, Mgr Fallières, veut aussi ouvrir un "asile", mais ce qu'il désigne par ce mot c'est une "maison de retraite" pour les prêtres retirés du ministère. Cet asile de repos, il le veut tout près de notre Maison Mère, avec les services des sœurs. Mère St François d'Assise accepte volontiers de concourir à la réalisation de cette œuvre nouvelle.

 

Elle réussit à négocier dans les meilleures conditions l'acquisition du terrain nécessaire ; et, pour bâtir la "Maison du Sacré Cœur", dont la première pierre est posée en avril 1896, elle consent à ajourner les travaux dont le besoin se fait sentir pour la Maison Mère : prolongement du noviciat (1897), nouvelle chapelle (1899), aumônerie (1900).

 

1896 voit aussi l'envoi d'une communauté dans le diocèse de Chartres, pour les services intérieurs du Petit Séminaire de Nogent de Rotrou. En 1898, la Congrégation acquiesce au désir du conseil municipal de Créhen de lui confier la direction de l'hospice communal Lemaire-Giblaine ; et en 1900, elle accepte d'envoyer des sœurs travailler à la "Maison de famille" de l'Institut Catholique à Paris (rue Cassette).

La situation critique des écoles congréganistes encourage la créativité. Mais la fondation de Paris est un échec ; elle ne dure que quelques mois.

 

Retrait des écoles communales et ouvertures d'écoles libres

Commencées en 1888, les laïcisations de personnel enseignant ont, jusque là, été peu nombreuses et toujours compensées, dès la rentrée suivante, par l'autorisation d'ouvrir une école libre. Ainsi, à Landébia (1895) et St Alban (1896/97). La Congrégation s'établit aussi dans une nouvelle paroisse, à Plouaret (1896).

 

Le rythme des laïcisations s'accélère en 1897, touchant la même année dix des écoles communales dirigées par nos sœurs et suscitant un peu partout des manifestations populaires.

 

Pour faciliter l'ouverture des écoles chrétiennes, des laïcs forment entre eux, le 23 décembre 1897, une "Société des écoles libres de Filles" ayant pour but d'acquérir ou de faire bâtir des écoles et d'y faire donner l'enseignement primaire par des Filles de la Divine Providence de Créhen.

 

1900 : Sortie de France et entrée en Belgique

Depuis 1880 environ, la fiscalité française comporte, pour les Congré-gations, des taxes supplémentaires comme celle appelée d'abord "droit d'accroissement", puis "droit d'abonnement". Contestable et contestée, cette taxe est payée jusqu'en 1894. Mais elle devient excessivement lourde à supporter. En 1895, les congrégations du diocèse se solidarisent pour entamer une résistance passive. L'affaire traîne. On espère aboutir à un compromis avec le gouvernement. Mais en 1898, certains catholiques français s'étant engagés dans des mouvements royalistes et des actions antisémites ("Action française", "Affaire Dreyfus"…) la République durcit son attitude.

 

En juillet 1898, après plusieurs contraintes de paiement restées sans effet, le fisc saisit nos fermages de Langoat. Le 23 novembre 1899, c'est la saisie de plusieurs terres du Vaugourieu. Cette dernière mesure inquiète vivement Mère St François d'Assise. De son côté, son assistante, Mère Marie Hippolyte, écrit que la Congrégation est "sûre de sombrer à plus ou moins longue échéance".

 

Mère St François d'Assise fait célébrer une neuvaine de messes en l'honneur du Cœur de Jésus pour lui confier "les intérêts matériels et spirituels" de sa famille religieuse. Peu de jours après la fin de la neuvaine, elle reçoit d'un Français, curé du "Sacré-Cœur" à Tournai, l'invitation à ouvrir une communauté dans sa paroisse. Aussitôt, elle sollicite de Mgr Fallières, évêque de St Brieuc, l'autorisation d'accepter cette fondation en Belgique.

 

L'évêque est très surpris de cette requête. Aucune des congrégations qui dépendent de lui n'a encore manifesté le désir de s'établir à l'étranger. Il commence donc par écarter la demande, plusieurs fois renouvelée, jusqu'au jour de février 1900 où lui-même reçoit directement une autre proposition, venant, cette fois, de Rhisnes.

Ebranlé par son vicaire général, l'Abbé Le Provost (qui est notre supérieur ecclésiastique), il comprend la chance qui s'offre à nous, et désormais, entre pleinement dans le projet.

 

Accompagnée de Mr Le Provost, qui a des amis en Belgique, Mère St François d'Assise prend la route de ce pays et en revient huit jours plus tard après avoir réglé les points essentiels. Entre le mois d'avril et le mois de septembre, cinq maisons sont ouvertes.

 

En juillet 1901, elle effectue un second voyage, qui lui permet de visiter les communautés, de voir les sœurs en retraite, et de conduire quatre novices à Wodecq.

 

1902 : Expulsion des écoles libres même autorisées

Une loi votée en juillet 1901 garantit la liberté d'association à tout Français mais, pour ouvrir une école, les religieux ont besoin d'une autorisation spéciale. L'application du texte pose des problèmes d'interprétation. Finalement, éclairée par les juristes du "Comité Mackau", la Congrégation de Créhen prépare et dépose, en temps voulu, deux séries de dossiers pour les écoles qui lui appartiennent, même pour celles qui ont déjà été autorisées avant le vote de la loi. Elle exclut seulement les établissements de Brélévenez et de Plougonver qui, appartenant à des particuliers, ne doivent pas normalement être concernés par la loi.

 

En juin 1902, Mère St François d'Assise est en visite dans les communautés de Belgique, alors au nombre de sept. Brusquement, le 3 juillet, on lui remet un télégramme de Créhen annonçant que les sœurs de Brélévenez et de Plougonver ont été expulsées, en quelques heures, par les gendarmes. Immédiatement, elle rentre en France, en s'arrêtant à Paris pour consulter Monsieur de Mackau, l'avocat des congrégations religieuses. Celui-ci n'a qu'une réponse : "C'est fini, ma Mère, c'est fini. Aucune congrégation n'échappera à la loi".

 

Il ne s'agit pas, pour autant, de devancer nous-mêmes la fin. De retour à Créhen, Mère St François d'Assise demande aux communautés d'attendre sur place l'arrivée d'un décret en bonne et due forme.

Ainsi prévenues, les Sœurs confient certaines affaires à des amis, en donnent ou en vendent d'autres. En cas d'urgence, les valises seront vite faites !

Quelques jours plus tard, le sous-préfet de Dinan se présente au parloir de Créhen, où il est reçu par l'Assistante. L'entrevue est courtoise de part et d'autre. Le sous-préfet voudrait persuader la Supérieure qu'il est de l'intérêt de la Congrégation d'ordonner elle-même aux sœurs de quitter leurs maisons sans tarder, et à l'insu de la population. Mère Marie Hippolyte répond calmement que les sœurs ont le droit de rester chez elles.

 

Le 15 juillet, une notification ministérielle est adressée à dix-neuf de nos communautés, les avertissant qu'elles doivent se retirer dans un délai de huit jours. Seules les Sœurs de Breteuil sur Iton s'inclinent, parce que leur propriétaire ne veut pas s'exposer à des poursuites judiciaires. Mais en Bretagne, personne ne bouge. Même les Sœurs inscrites aux retraites évitent de s'y rendre.

Par mesure de prudence, aucune profession n'est célébrée, et dix pos-tulantes sont, malgré leurs larmes, invitées à rentrer dans leur famille.

 

Le 20 juillet a lieu l'expulsion des sœurs de Bréhand. Le 4 août, on voit arriver à la Maison Mère les expulsées de Pléhérel et de Plévenon. Le lendemain, on apprend que des expulsions sont en cours à Hénanbihen, Senven Léhart, Landébia, St Vran. On a vu passer des gendarmes à cheval et une ambulance de l'armée. "Mon Dieu", s'écrie Mère St François d'Assise, "nos sœurs sont peut-être tuées !"

 

De Lanouée, on est sans nouvelles directes. Encerclées par la troupe, bloquées dans leur maison dont leurs amis défendent l'entrée, les sœurs subissent pendant près de quinze jours, un véritable siège. Et un matin, le journal "La Croix" reproduit les menaces publiées par le Journal Officiel : "Le Conseil des Ministres est décidé à porter un coup mortel à la Congrégation de la Divine Providence tout entière si elle persiste dans son attitude". Avertie de cette menace par l'Abbé Hervé, Mère St François d'Assise demeure un instant accablée. Puis, se ressaisissant, elle dit simplement : "Eh bien, mon Dieu, que votre volonté soit faite !"

 

La volonté de Dieu ? Elle est dans la manière de réagir ou d'agir face aux événements. Avec ses conseillères, Mère St François d'Assise décide d'envoyer à Lanouée une sœur qui connaît bien la région, afin de tenter, pendant la nuit, une entrevue avec le recteur et même, si possible, avec les sœurs. Mais tandis que la messagère approche du bourg, les barricades cèdent, les soldats font une brèche dans le mur et pénètrent dans la cour. La résistance est finie.

 

Que reste-t-il à faire ? …

 

Deux demandes de fondation en Belgique n'ont pas encore été acceptées. Mère St François d'Assise comprend qu'il importe de le faire au plus vite et d'envoyer aussi d'autres sœurs dans les maisons existantes. Un convoi de seize religieuses quitte Créhen le 24 août. Un autre, le 19 septembre. Dures semaines pour celle qui, depuis longtemps, souffre d'une maladie de cœur.

 

"Du devoir au ciel…"

Le 23 septembre, vers 16h, ayant mis son courrier à jour, Mère St François d'Assise sort au jardin. Là, elle se souvient d'avoir donné rendez-vous à une sœur. Elle rentre, souriante, accueillante, comme d'habitude. Quelques minutes plus tard, elle est dans l'Eternité…

 

De ses écrits, il n'a été conservé que deux brèves circulaires. Elles sont comme un écho du dynamisme intérieur qui la soutenait, et de "L'esprit de l'Institut" :

"Cette année, Jésus sera sans doute accompagné d'une croix ; mais toujours aussi la croix sera accompagnée de Jésus. Nous ferons ainsi route ensemble. Nous L'aiderons… et Lui surtout nous aidera. Courons partout où le devoir nous appelle ; du devoir au Ciel, il n'y a qu'un pas". (1895)

"Aidons-nous chaque jour à marcher, sans nous arrêter dans le bien… Aimer Dieu et le faire aimer… Se dépenser pour Dieu et s'user pour Dieu, voilà le prix de la vie". (1896)

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