Mère Madeleine de la Providence (1887-1974)

Née à St Denoual, Mère M. de la Providence

Marie-Rose Gautier naquit le 23 octobre 1887 de Ferdinand et de Rosalie Grosmaître, cultivateurs au Champ-Huet en St-Denoual. Le 15 novembre 1906, âgée de 19 ans, elle entra au noviciat de la Divine Providence et le 28 juillet 1908 elle reçut, avec l'habit religieux, le nom de Sœur MARIE du Carmel.

 

 


 

UNE VOCATION EPROUVEE

 

Elle eût fait profession dès 1909, si la loi de 1904 n’avait pas écarté les religieuses de tout type d'enseignement en France. Il lui fallut donc, en attendant des jours meilleurs, faire comme la plupart de ses compagnes : quitter son habit et son nom de religion, et prononcer seulement des vœux privés, annuels, renouvelables d'année en année. Déjà religieuse par le cœur, elle ne l'était ni pour l'administration civile ni même, à strictement parler, pour le droit ordinaire de 1'Eglise. Les archives de la Congrégation perdent sa trace de 1908 à 1912, date à laquelle un document mentionne qu'elle a été envoyée, avec une autre novice, ouvrir une école libre à St Denoual !

La guerre de 1914 ayant fait mettre en veilleuse les décrets anti congréganistes, les novices de vœux privés eurent, en 1916, la possibilité de faire enfin profession religieuse, publique et perpétuelle. Pourquoi, malgré son vif désir, Mademoiselle Gautier ne fut-elle pas admise à ce bonheur ?... Ici se place un événement douloureux, généralement ignoré, car celle qui en fut victime a toujours gardé, à ce sujet, une totale discrétion, sauf confidence à de rares intimes qui en ont témoigné après sa mort.

Tous ses fils ayant été mobilisés, Madame Gautier restait seule pour tenir sa ferme. Marie Rose se fit donc un devoir de profiter de ses congés du jeudi pour aller aider sa mère. Ces absences, jointes à des apparences trompeuses, furent prétexte à une odieuse calomnie portée contre elle par un esprit soupçonneux.

La supérieure générale, Mère Marie-Hippolyte, eut, en 1'occurrence, la faiblesse de se laisser abuser. Femme à l'emporte-pièce, elle demanda à la jeune-fille de se retirer immédiatement. De ce jour amer, Melle Gautier gardera toujours cependant un souvenir pacifiant : la confiance, demeurée intacte, de sa maîtresse de noviciat, Mère Ste Félicie, qui, au moment du départ, la serra dans ses bras en lui glissant à l'oreille : "Ne pleurez pas ! Vous reviendrez..."

 

 

 

Or à Créhen, cette année-là, Mère Marie-Hippolyte promet au Dr Chambrin de mettre des locaux à sa disposition pour ouvrir, dans l'enceinte de la Maison Mère, une Ecole de Perfectionnement. Elle mourut peu après (le 19 août) et Mère St Jean Baptiste, élue le 3 novembre, prit, aussitôt en main la réalisation du projet. Dans une circulaire adressée à toutes les Sœurs, en décembre, elle écrivait :

“ L’Esprit saint, dans sa divine prévoyance, n’aurait-il pas déjà inspiré à quelques unes de mes Filles le désir d’être appelés par l’obéissance à venir faire fortune spirituelle dans cette entreprise ?...Oh ! alors je supplierais ces chères sœurs de ne pas hésiter à me confier leur attrait. Cette connaissance me tirerait d’un grand embarras et me permettrait de faire un heureux choix du personnel nécessaire et difficile à trouver dans la circonstance, car il requiert quasi une vocation spéciale.”

Mademoiselle Gautier entend parler de tout cela. Immédiatement, elle se sent la "vocation spéciale" dont parle Mère St Jean-Baptiste. L’appel ressenti est plus fort que l'échec passé, plus fort aussi que l'opposition, pourtant très vive, de sa famille. Et elle va se proposer à la nouvelle supérieure, à la fois comme candidate à la vie religieuse et comme volontaire pour la nouvelle œuvre. Elle est accueillie à bras ouverts le 2 septembre 1920, et assiste donc à l'inauguration officielle de 1'Ecole le 9 septembre.

Un nouveau noviciat commence pour elle. Un nouveau nom aussi lui est donné : celui de "Sœur Madeleine de la Providence". Et il semble que son premier emploi dans 1'Ecole (des surveillances) a commencé durant cette période. Enfin, elle fait profession le 12 août 1922 ; et quelques jours plus tard elle est donnée comme adjointe à la Sœur Louise-Marie, directrice de la partie hospitalière et professionnelle confiée aux religieuses. Ainsi commence une longue aventure de près de 50 ans, qui rendra le nom de Mère Madeleine inséparable de celui de 1'Ecole.

 


L'ÉCOLE DE PERFECTIONNEMENT

 

En 1946, le Docteur Godard, médecin psychiatre attaché à 1'Ecole, dresse un bilan (publié en 1947) des 25 premières années de son fonctionnement. Il caractérise ainsi le rôle des Sœurs, et tout spécialement de Mère Madeleine :

"Pour situer exactement les personnes et les faits, il est indispensable de faire "sortir de l'ombre l'une d'entre elles, qui l'acceptera d'ailleurs difficilement.”

Mère Madeleine a été attachée à 1'Ecole depuis sa fondation, d'abord, comme surveillante et maîtresse d'atelier, puis dans son poste actuel de supérieure des religieuses et de directrice administrative à Dinan (1935)

Cette longue fréquentation des arriérés, et des religieuses qui avaient suivi l'enseignement spécial en Belgique, jointe à une affection et à une compréhension particulière de l'âme enfantine, expliquent l'ascendant que tout naturellement, "elle exerce sur les élèves comme sur les religieuses qu'elle dirige.

Elle personnifie, aux yeux des anciens élèves, 1'Ecole qu'ils regrettent quelquefois et la Mère que souvent ils n'ont plus. Et son action s'exerce de mille façons dans toutes les circonstances où l'enfant devenu jeune homme a besoin d'aide ou de conseil.

Mère Madeleine s'occupe depuis longtemps de placer, dans de bonnes familles de cultivateurs, connues d'elle-même, les élèves sortants susceptibles de se débrouiller comme pâtres ou petits domestiques. Elle s'occupe également de placer, dans les conditions les plus avantageuses, les élèves mieux doués qui ont pu profiter de la formation professionnelle de 1'Ecole.

Elle discute les conditions de placement et s'assure du bien-être du nouvel "employé, pour le reprendre si l'essai ne réussit pas.

De nombreux anciens, placés aux environs de Dinan, reviennent à 1'Ecole certains jours de fête ou de congé, restent en correspondance avec elle et lui confient leurs économies pour qu'elles soient versées à la Caisse d'Epargne dont elle détient ordinairement les livrets.

 

 

 

Il arrive souvent que d'anciens élèves mobilisés viennent confier à la garde de Mère Madeleine leur livret de Caisse d'Epargne et leurs affaires personnelles. D'autres la consultent sur l'opportunité d'un changement de place, ou lui confient leurs craintes et leurs "espoirs pour un projet de mariage".

(L'Ecole de Rééducation de Dinan, pp.91-93)

 

Le 11 août paraissait au Journal Officiel un décret du Ministre de la Santé et de population nommant Mère Madeleine Chevalier de la Légion d’Honneur, avec la citation suivante :

"Trente ans de dévouement inlassable; par ses belles qualités de cœur et d’intelligence, a su mériter l'estime et la confiance de tous, notamment du personnel, tant laïc que religieux, qu'elle dirige".

La décoration lui fut remise solennellement le 15 octobre, par Mr René Pléven, de Dinan, Président du Conseil des Ministres. Ce dernier n’était pas encore lui même membre de la Légion; il lui fallut une délégation du Grand Commandeur de l'Ordre pour être le parrain de la nouvelle récipiendaire et présider la cérémonie.

Son allocution, élogieuse et chaleureuse, se termina par une accolade que Mère Madeleine, d abord surprise, reçut avec sa simplicité et sa bonne grâce habituelles.

Evoquant le dévouement de Mère Madeleine (qui, dit-il, "justifie bien qu'un Président du Conseil s'arrache à ses obligations quotidiennes pour venir leur apporter l’hommage du gouvernement et de la Nation tout entière"), il relève ce trait pittoresque :

"Tout ce que vous voulez bien répondre à ceux qui, parfois, s'étonnent que vous vous réserviez les besognes les plus difficiles et les plus rebutantes, c'est cette simple phrase dont, paraît-il, vous avez fait votre devise familière : un général doit toujours marcher devant ses soldats".


 

LA PERSONNE DE MÈRE MADELEINE

 

Un général, Mère Madeleine en avait, physiquement, la vigoureuse stature. Elle avait aussi l'autorité. Elle parlait très peu, mais quand elle disait quelque chose, tout le monde marchait.

Elle était ferme, et en plusieurs circonstances, sut défendre vigoureusement les droits de l’Ecole face l'administration des Domaines, aux prétentions injustifiées de certaines personnes, ou aux allemands de l'armée d’occupation.

Elle était ferme, mais sa bonté était légendaire et, c’est par la, beaucoup plus que par dès punitions, qu’elle assurait la discipline.

Educatrice dans l’âme, elle avait une perspicacité aigüe pour détecter, parmi les Sœurs, celles qui avaient des dons de bonne éducatrice. Quand elle en rencontrait une, elle mettait tout en œuvre pour lui permettre de développer ses talents, lui faire suivre une formation à Paris et obtenir un C.A.P.

Elle avait (dit encore le témoignage de ses Sœurs) une grande largeur de vue, et savait faire confiance aux personnes.

L’I.M.P a vécu, au niveau de l’accueil, des heures que personne ne peut soupçonner à moins de les avoir vécues avec elle. La maison de la rue Beaumanoir était la maison de tous. Quand quelqu'un arrivait, on lui servait à manger sans se poser de question. On vivait vraiment dans la ligne des préférences du P.Homery.

 

 

 

 

Tout aussi remarquable que ses dons de chef d'établissement était la qualité, la délicatesse de sa propre obéissance envers ses supérieures de Congrégation. Elle qui pourtant, dans sa jeunesse, avait tant souffert de l'une d’entre elles, elle manifesta toute sa vie un grand respect de l’autorité et des personnes qui en portaient la charge. Alors qu’elle était très âgée et que la supérieure générale était beaucoup plus jeune qu’elle, cette dernière fut profondément bouleversée de la déférence que lui témoignait Mère Madeleine, le plus naturellement du monde.

Une telle attitude est, bien sûr, à porter au compte de sa grande foi, de son intense vie de prière, qui marquait les plus incroyants de ses collaborateurs. L’un d'eux, militant communiste, ne disait-il pas un jour aux Sœurs : "C'est incroyable. Quand Mère Madeleine se dirige vers la chapelle, on dirait qu'elle va à un rendez-vous..."

Si Mère Madeleine s'est dévouée, corps et âme, aux services dont elle était chargée pour 1'Ecole, on lui doit aussi la création de deux œuvres complémentaires.


 

"LA PROVIDENCE" (1936-1973)

 

En 1920, les fondateurs de 1'Etablissement avaient accepté tous les enfants qui se présentaient. Mais assez vite, il avait fallu se rendre à l'évidence : 1'Ecole de Perfectionnement était une "école", agréée comme telle et dépendant de 1'Education Nationale. Elle devait fonctionner comme une école, viser le perfectionnement intellectuel, permettre aux enfants de s'intégrer, au bout d'un certain temps, dans des classes primaires ordinaires et y obtenir, pour le moins, le certificat d'études.

Il se révéla que, pour quelques enfants, ce n'était pas réalisable. Les conditions d'admission devinrent donc plus sélectives; on écartait les enfants non scolarisables ou dont la présence pouvait nuire au progrès et à la discipline de leurs camarades.

Or, certains de ces enfants "non scolarisables" ne l'étaient que dans l'immédiat, tout simplement parce que, à leur arrivée, ils ne parlaient que le breton ou qu'ils n'avaient pas reçu dans leur famille des notions suffisante de bonne tenue.

Il s'agissait, en fait, d'un retard important mais susceptible d'être rattrapé par un séjour dans une section préparatoire où on leur dispenserait une formation adaptée.

Ce projet, conçu dès son arrivée à Dinan en 1935, Mère Madeleine le réalisa en 1936. Ce fut la "Garderie", qu'elle baptisa "La Providence".

 

 

 

Elle l'installa dans des chambres au premier étage de la maison du Houx. Totalement indépendante de 1'Ecole, cette section dépendait de la Congrégation et était soutenue par quelques familles dont la générosité profitait aux enfants des autres en même temps qu'aux leurs.

Dès l'ouverture, il y eut une vingtaine d'enfants et le nombre s'accrut. Les nouveaux pouvaient être admis en cours de trimestre. Ils étaient de tous âges et de tous niveaux. Il fallait les aider individuellement, de nuit aussi bien que de jour C'était une lourde charge pour les deux Sœurs affectées à leur éducation. Mais la garderie était appréciée du médecin autant que des familles. Elle donnait le temps de connaître les arrivants, de tester leurs aptitudes

Les uns devenaient au bout d'un certain temps aptes à être admis à l'école. Quant aux autres, ceux qui se révélaient définitivement inaptes à la scolarité, il fallait quand même les rendre à leur famille (ou éventuellement les diriger vers un autre établissement) mais leur séjour n'avait pas été vain. La pour la famille, le choc était moindre; et dans la majorité des cas l'enfant était devenu, sinon plus instruit, du moins peu sociable et épanoui.


 

LE CENTRE DE "QUATRE VAULX" (1950)

 

Les années passant, Mère Madeleine se mit à dire, avec tristesse, en parlant de la maison de Dinan : “Ce n'est plus mon œuvre... "Mon œuvre, c’est à dire celle à laquelle je m'étais sentie appelée, celle où (selon les mots du P.Homery) je pouvais me dévouer de préférence pour "les esprits grossiers", les plus délaissés”.

D'un côté, la garderie restait axée sur la possibilité d'arriver à la scolarité, et puis elle était trop petite pour suffire aux demandes. D'un autre côté, l'Ecole (à laquelle elle ne cessait nullement de s'intéresser, au contraire) ne pouvait bénéficier de tous les avantages qu'elle aurait voulu procurer aux enfants. Ainsi, pendant les vacances scolaires, ils n'avaient pas la possibilité de les passer à la mer, pourtant si peu éloignée de Dinan.

Appuyée par le Dr Godard, qui partage pleinement son souci et ses vues, elle se met donc en recherche d’un immeuble à acquérir ou, à défaut, d’un terrai à bâtir dans le double but :

1. Décongestionner la garderie

2. Résoudre la question des vacances pour la centaine d'élèves qui devait rester à Dinan entre juillet et octobre.

 

Après bien des démarches et élimination d'une propriété dont le prix était trop élevé elle se décide pour les bâtiments d’une ancienne colonie de vacances, propriété du Supérieur de St Sulpice de Paris, au bord de la plage de Quatre-Vaulx en du Guildo.

 

 

 

 

Elle put être acquise grâce à l'avance consentie par les parents sur la pension des enfants de la Providence.

Au début, les locaux étaient peu attrayants, le réfectoire semblait aux Sœurs immense...Mais les enfants étaient émerveillés par la mer.

Mère Madeleine conservait son poste à Dinan. Mais la distance (25 kms) n'était pas grande et elle venait régulièrement, trois fois par semaine, voir les enfants et leurs éducatrices. Dès qu'on l'apercevait, on s'attroupait autour d'elle. C’était la grande joie pour les enfants et pour la Mère.

Cette maison fonctionna comme annexe de celle de Dinan, à titre d'essai 1953? A cette date, elle fut agréée par l'Administration sous le non, de Centre D’Adaptation psychomotrice et de reclassement social.

Le 28 mai 1959, les amis de l'œuvre, invités à prendre une part effective à son organisation et à sa gestion, entrèrent dans une "Association de 1'Ecole de Rééducation", qui passa, en 1960, un traité avec le Département.

Dès 1961, il fallut construire. L'année suivante, on comptait 250 enfants à Dinan et 115 au Guildo.

En 1968, le Centre du Guildo devenait autonome, avec pour directrice une Sœur plus jeune.


 

LES DERNIÈRES ANNÉES

 

Vers 1970, la santé de Mère Madeleine s'altéra et elle commença à décliner rapidement ; Elle ne pouvait plus que s’asseoir, des après- midi entières dans la vallée qui descend de l’I.M.P. vers la Rance, proche des bêtes et de la nature comme au temps de sa lointaine enfance. Elle souffrait atrocement d'un cancer à l'oreille et il fallut 1'hospitaliser a Rennes pour un traitement au cobalt. Ses facultés se voilèrent plus ou moins. De Rennes, elle fut transférée à la Maison de Repos St Joseph à Créhen, ou elle vécut encore trois ans.

Les sœurs de sa communauté qui venaient souvent l'y visiter, restent marquées par ces visites. L'une d entre elles, évoquant ce souvenir, la revoit comme "vraiment configurée au pauvre, au petit, au sans voix, prenant la dernière place avec Jésus Serviteur souffrant et humilié.

 

 

 

Le mal progressait, elle ne reconnaissait plus les gens, mais elle restait, comme autrefois, tellement sereine, souriante, gentille et profondément affectueuse, prête à serrer tout le monde dans ses grands bras.

Elle quitta ce monde le 17 août 1974.

Pour ses obsèques, les lectures choisies étaient l'hymne à la charité (1Co 13) et le texte du Jugement dernier en Matthieu 25: "Vous m'avez accueilli… Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à Moi que vous l’avez fait…”

Les instituteurs les moins croyants écoutèrent avec respect et émotion, et à la sortie l’un d'entre eux dit à la supérieure :

Je ne connaissais pas ces textes qu'on a lus. Je ne sais pas non plus qui les a choisis. En tout cas, ils dépeignent bien Mère Madeleine. C’est tout à fait cela.”


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