MERE MARIE HIPPOLYTE -

Née à Botsorhel (Bretagne) en 1859, Jeanne Yvonne Le Garion est l'une des quatre enfants du meunier Georges Le Garion et de son épouse Maryvonne Geffroy. Elle a 5 ans lorsque, en 1864, Mère Marie Joseph, supérieure générale de la Congrégation de la Divine Provi-dence de Créhen, vient à Botsorhel conduire trois sœurs pour y ouvrir une école. Sa sœur, Jeanne Marie a 7 ans. Leurs parents les confient toutes les deux aux sœurs.


"Aimée jusqu'à la folie"

Entrée au noviciat de Créhen en 1875, Jeanne Marie prend le nom de Sœur Saint Georges. Elle fait profession en février 1877. Le 5 septembre de la même année, Jeanne Yvonne répond à son tour à l'appel du Seigneur. "Dieu m'a aimée jusqu'à la folie", écrira-t-elle plus tard, "et moi je me dévouerai pour sa gloire jusqu'au complet épuisement de mes forces, sans murmure, avec joie et bonheur." Jeanne Yvonne est une grande jeune fille, d'allure décidée et de parole mesurée, dont l'apparente froideur cache une vive sensibilité. Elle fait profession le 24 septembre 1879 sous le nom de Sr Marie Hippolyte.

 

Munie du brevet élémentaire, préparé pendant son postulat, Sr Marie Hippolyte s'attend à être envoyée enseigner dans une école primaire. Mère St Arsène lui demande, ainsi qu'à une autre sœur, de poursuivre ses études jusqu'au brevet supérieur. Elles suivent les cours à la Providence de Saint Brieuc et logent chez les Filles de la Croix. Toutes deux obtiennent leur diplôme le 11 juillet 1882 et sont nommées sous-maîtresses au noviciat.

 

…"ma plus lourde croix"

En 1885, Mère Marie Thérèse, première postulante (1821) puis première supérieure de la Congrégation, rentre à la Maison Mère. La maîtresse des novices est envoyée à Bréhand Moncontour pour lui succéder comme enseignante.

 

Mère St Arsène nomme Sr Marie Hippolyte maîtresse des novices. Le coup est rude pour celle-ci qui n'a encore que 6 ans de profession ; c'est une "lourde croix" d'autant plus que, à cette époque, la maîtresse des novices est membre du Conseil général. Or, l'avenir s'assombrit pour la Congrégation, comme pour beaucoup d'autres, dans une atmosphère de polémique autour des questions scolaires et fiscales…

 

Sr Marie Hippolyte met toute son énergie à accomplir sa mission : réfléchir et émettre un avis judicieux sur les problèmes difficiles qui se présentent au Conseil et travailler à la formation des jeunes sœurs qui lui sont confiées. En février 1890 elle sera déchargée du noviciat et nommée secrétaire générale.

 

Pendant ce temps, les lois scolaires se succèdent en France. La laïcisation des écoles communales tenues par la Congrégation, commencées en 1888, se poursuivent ; des écoles libres sont ouvertes…

 

En janvier 1895, après la mort de Mère St Arsène et l'élection de Mère St François d'Assise comme supérieure générale, Sr Marie Hippolyte est nommée seconde assistante. Après 16 années de vie sédentaire à Créhen, elle va se trouver chargée de déplacements nombreux, d'abord hors Bretagne, à Breteuil sur Iton (Eure), puis plus loin… Les laïcisations continuent. Le gouvernement accélère même le processus : en 1897, dix écoles sont laïcisées. Dans ses "souvenirs", Mère Marie Hippolyte note les événements importants vécus par la Congrégation.

 

L'horizon s'élargit

Mère St François d'Assise, devant les difficultés croissantes causées par le gouvernement français, cherche une solution pour assurer l'avenir de la Congrégation. 

 

A la fin de l'année 1899, une lettre du curé de la paroisse du Sacré Cœur à Tournai (Belgique) l'invitant à y fonder une communauté, est pour elle un signe du Seigneur.

 

Après plusieurs refus, Mgr Fallières, évêque de Saint Brieuc, consent à ce que la Congrégation franchisse la frontière. Mère Marie Hippolyte accompagne la supérieure générale pour le premier voyage en Belgique. Dès 1900, cinq communautés y sont ouvertes.

 

Vient la loi de 1901 qui garantit la liberté d'association à tout Français, mais, pour ouvrir une école, les instituts religieux ont besoin d'une autorisation spéciale. La Congrégation prépare et dépose les dossiers pour les écoles concernées, en excluant Brélévenez et Plougonver qui appartiennent à des particuliers.

Le moment n'est pas venu de relâcher l'effort d'implantation en Belgique. En janvier 1902, Mère Marie Hippolyte est chargée de conduire des sœurs à Marennes où une communauté est ouverte. Sa mission est aussi de visiter d'autres lieux pour d'éventuelles insertions nouvelles. L'accueil qu'elle reçoit est tantôt méfiant, tantôt très chaleureux. A Tournai, elle a l'heureuse surprise d'apprendre que le fondateur des "Aumôniers du Travail" désire que des religieuses collaborent à leur œuvre à Seraing. A son retour en France, elle fait part au Conseil de cette demande. Dès le 4 avril 1902, une communauté est ouverte à Seraing.

 

Se tenir prêtes

En janvier 1902 arrive à Créhen un avis du Conseil d'Etat en vertu duquel le préfet adresse à la supérieure générale une sommation : ou bien déposer une demande de décret d'autorisation des écoles de Brélévenez et de Plougonver ou bien rappeler immédiatement à Créhen les sœurs de ces deux écoles. Etant confirmée par des hommes de lois d'être dans ses droits, Mère St François d'Assise ne réagit pas. En juin, elle part en Belgique faire la visite des communautés et négocier les nouvelles ouvertures qui lui sont proposées dans ce pays.

 

Le 3 juillet, six sœurs arrivent à la Maison Mère, expulsées de Brélévenez. Mère Marie Hippolyte envoie un télégramme à la supérieure générale, et part pour Plougonver. Mère St François d'Assise, rentrée précipitamment de Tournai, écoute le récit des événements : arrivée du commissaire de police, pose des scellés sur la maison, soutien de la population… Dix neuf autres communautés savent le sort qui les attend.

 

De Créhen elles reçoivent ces brèves directives : "Faites bien vite vos malles. Mettez en lieu sûr ce que vous avez de plus précieux. Tenez-vous prêtes à toute éventualité." Entre le 4 et le 5 août, sept expulsions ont lieu…

 

"Me voilà"

Se tenir "prêtes à toute éventualité"… Mère St François d'Assise juge plus sage d'inviter les postulantes à rentrer dans leur famille, et décide de ne célébrer aucune profession cette année. Après la retraite du mois d'août, seize sœurs reçoivent une obédience pour la Belgique où la Congrégation a décidé d'ouvrir deux nouvelles communautés : Morlanwelz et Grammont. Elles partent le 24 août, accompagnées par Mère Marie Hippolyte.

 

Quittant Grammont, celle-ci s'arrête dans le diocèse de Tournai pour faire avancer une affaire différente : l'acquisition d'une maison assez vaste pour accueillir, le cas échéant, les sœurs de la Maison Mère et du noviciat, si elles sont chassées de France. Le Conseil a déjà émis un avis favorable à l'achat d'une propriété à Saint Ghislain.

 

Dans une autre région industrielle, au diocèse de Liège, Mère Marie Hippolyte découvre à Flémalle Haute la possibilité d'une insertion auprès des enfants et des malades.

 

Dans le train qui la ramène en Bretagne, elle relit ce qu'elle vient de vivre. Elle repense peut-être à ce qu'elle a écrit le mois dernier pendant sa retraite spirituelle : "Retraite de l'année néfaste de 1902" : "La Providence conduit tout. Elle met tour à tour sur mon chemin les joies et les épreuves, la persécution si terrible à ce moment… O Jésus, j'accepte tout. Tout ce que vous voudrez, je le veux. Me voilà."

 

Après avoir rendu compte de son voyage à Mère St François d'Assise, elle apprend que le fondateur des Aumôniers du Travail demande des sœurs pour Pierrard-Virton. Trois sœurs y sont envoyées le 19 septembre, conduites par la secrétaire générale.

 

Le 23 septembre, Mère St François d'Assise meurt subitement. Rude épreuve pour la Congrégation. Quelques jours après les obsèques, c'est l'élection d'une nouvelle supérieure générale. Mère Marie Hippolyte est élue. C'est le 5 octobre 1902.

"Je dus m'incliner… Oh ! quel triste dimanche du Rosaire pour moi que celui de 1902 ! Mais mon Dieu, que votre volonté soit faite !"

 

Franchir une nouvelle frontière

La nouvelle supérieure générale désigne Mère Saint Jean Baptiste comme seconde assistante. Ses premiers actes sont de signer l'achat de la maison de Saint Ghislain (Belgique) et de régler l'acquisition de celle de Flémalle Haute. Dès le 14 octobre, elle envoie des sœurs dans ces deux maisons ainsi qu'à Lincent. Le mois suivant, elle ouvre une communauté à la Croyère, milieu ouvrier.

 

Il reste à réaliser un projet plus vaste, soulevé plusieurs fois avec son Conseil par Mère St François d'Assise : passer une autre frontière pour chercher à s'insérer aux Pays-Bas. Munie d'une lettre de recommandation de l'évêque de St Brieuc, Mère Marie Hippolyte et l'abbé Hervé (aumônier de la Maison Mère), quittent Créhen après les fêtes de Noël et rejoignent, en Belgique, Mère Angèle Marie, supérieure de Wodecq, à qui on a suggéré que Sittard (Limbourg néerlandais) serait un bon "quartier général" pour le temps de leur recherche. Le lendemain de leur arrivée, ils rencontrent l'évêque de Roermond, Mgr Drechmans, qui les reçoit avec bonté et leur donne "pleine assurance pour le moment et pour l'avenir".

 

En Belgique, ils visitent les sœurs de Marennes et Lincent. Ils prennent aussi contact avec trois autres paroisses qui ont demandé des sœurs : Orp le Grand, Veeweyde Anderlecht et Uccle Calvoet.

 

De retour à Créhen, Mère Marie Hippolyte a la joie de voir que l'évêque de Roermond ne tarde pas à tenir ses promesses. Il a parlé des Sœurs de Créhen à quelques curés du Limbourg dont ceux de Grevenbicht et de Herten. Tous les deux écrivent à Créhen.

 

Un nouveau voyage s'impose. Mère Marie Hippolyte et Mère St Jean Baptiste partent en avril 1903. A leur passage en Belgique, les évêques de Malines-Bruxelles et de Tournai ratifient les derniers projets de fondations dans leurs diocèses. Aux Pays-Bas, les travaux sont en bonne voie pour la réalisation des fondations à Grevenbicht et à Herten. A Montfort, le curé demande également des sœurs.

 

En septembre, Mère Marie Hippolyte se rend à Wodecq pour la retraite annuelle des sœurs. Elle prolonge son voyage pour voir l'état des travaux à Bruxelles et aux Pays-Bas. Les premières sœurs pourront arriver à Herten en octobre 1903.

 

Devant les tribunaux

En France, pendant ce temps, la situation des Instituts religieux n'a cessé de se dégrader. Les Congrégations d'hommes et de femmes qui n'avaient pas encore d'existence légale l'ont sollicitée de la manière prévue par la loi de 1901. En mars et juin 1903, l'autorisation leur est refusée en bloc. Vient maintenant, pour les Congrégations déjà autorisées, dont la Divine Providence de Créhen, le rejet des demandes formulées pour leurs établissements déjà pourvus de décret de tutelle.

 

La première notification de rejet parvient le 13 août 1903 à la supérieure générale de Créhen et aux supérieures de cinq maisons, dont Plourivo (22). Les destinataires ayant fait la sourde oreille, les sœurs de Plourivo sont les premières à comparaître devant le tribunal correctionnel de St Brieuc, le 7 novembre. Là, pendant une demi-heure, chacune successivement passe au bureau du juge pour répondre à une série de questions : "Qui vous a envoyée à Plourivo ? Depuis quand y êtes-vous ? Appartenez-vous toujours à la Congrégation de la Divine Providence ? Votre supérieure générale vous a-t-elle obligées à rester après avoir reçu la notification de partir ? A qui appartient la maison ? etc...

 

Huit jours plus tard, le 15 novembre, la supérieure générale à son tour doit se présenter au tribunal correctionnel de Dinan pour un interroga-toire sur le cas de Plourivo. Elle s'y rend, accompagnée de la secrétaire générale, qui n'est pas admise dans le bureau du juge. Seul l'avocat de Mère Marie Hippolyte est autorisé à y entrer.

 

Accusée d'infraction aux lois de 1901 et 1902 - avoir fondé ou continué un établissement congréganiste en dépit de ces lois - Mère Marie Hippolyte répond : "Je n'ai pas vu un seul mot dans ces lois qui atteigne les établissements fondés avant la promulgation… Plourivo existe depuis 1870."

 

Aux questions portant sur l'ordre donné aux sœurs de rester à Plourivo malgré la notification ministérielle, sur l'origine de la propriété (acquisi-tion ou legs), etc… la supérieure générale répond calmement et avec précision. La séance dure 40 minutes. A la sortie, son avocat lui décla-re : "Vous avez dit tout ce qu'il fallait". De son côté, Mère Marie Hippolyte note dans ses "souvenirs" : "Le Saint Esprit avait parlé par ma bouche car, de moi-même, je ne pouvais pas trouver ces réponses."

 

Ce qu'elle vient de vivre là pour la première fois, elle va, en l'espace de dix ans, le vivre vingt et une fois de manière à peu près semblable, sinon que désormais elle se retrouvera souvent, sur le banc des accusés, avec les autres supérieures de Congrégations bretonnes, comme, dans le diocèse de Saint Brieuc, celles des Filles du Saint Esprit et de Sainte Marie de la Présentation (Broons).

 

Mère Marie Hippolyte sent de plus en plus la nécessité de hâter le développement de la Congrégation aux Pays-Bas, où le zèle de l'évêque de Roermond lui vaut des appels de plusieurs paroisses. Comme, dans la situation actuelle, il lui est difficile de s'absenter trop souvent de Créhen, elle charge la supérieure de Flémalle, Mère Marie Raphaël, de faire "une petite exploration" dans les localités qui lui ont été signalées : Schinveld, Maasbracht et Sittard. Elle rêve d'établir dans cette région "une sorte de maison provinciale" qui pourrait, en cas d'expulsion du noviciat de Créhen, être pour lui une résidence plus saine que St Ghislain. Le Conseil, consulté plusieurs fois à ce sujet, se prononce massivement pour Sittard.

 

Dans son rapport, Mère Marie Raphaël signale que le curé doyen de Sittard a déjà reçu la demande de plusieurs congrégations françaises ; en conséquence, il voudrait être fixé au plus vite sur notre candidature avant de faire son propre choix. Mère Marie Hippolyte décide de se rendre à Sittard les premiers jours de mars 1904.

 

Le doyen lui fait bon accueil et, sur sa promesse d'accepter des œuvres hospitalières en même temps que des écoles, il conclut : "Je compte sur votre Congrégation." Le jour même, elle s'engage à acheter un terrain à l'entrée de l'agglomération. On y commencera des travaux en avril.

 

En France, les convocations à se présenter aux tribunaux continuent : Lannion, St Brieuc. Acquittement, condamnation à des amendes, poursuite en cassation… se succèdent… pour en finir par une loi d'amnistie.

Mais le répit sera de courte durée…

 

Est-ce l'agonie ?

Une nouvelle loi est promulguée le 7 juillet 1904. L'article 1 en résume le contenu : "L'enseignement de tout ordre et de toute nature est interdit en France aux congrégations." Interdit même aux congrégations déjà légalement reconnues. Si une Congrégation a été autorisée jusqu'ici comme uniquement vouée à l'enseignement, son noviciat sera supprimé de plein droit et elle sera dissoute dans un délai maximum de dix ans.

Si, comme c'est le cas de la Providence de Créhen, elle a été reconnue à la fois pour l'enseignement et pour d'autres œuvres, elle ne gardera son autorisation que pour les activités étrangères à l'enseignement, activités prévues dans ses statuts.

 

"L'heure de notre agonie avait donc sonné", écrit Mère Marie Hippolyte "car nos œuvres consistaient plus en œuvres scolaires qu'en œuvres hospitalières, bien que jamais nous n'ayons négligé le soin des malades et surtout des pauvres… Mais d'autres congrégations étaient atteintes par cette loi inique… Pourquoi pas nous ?"

 

Face à l'avenir incertain, la Congrégation prend ses précautions : la ferme du Vaugourieux est louée, les chevaux, les instru-ments aratoires, puis les deux voitures sont vendues. Le mobilier non indispensable à la Maison Mère est rassemblé et expédié aux communautés de Belgique et des Pays-Bas.

 

Lors de son séjour en Belgique à la fin de l'été 1904, Mère Marie Hippolyte a la joie de participer à la bénédiction de nouvelles classes à Calvoet. Dès le mois d'octobre, elle-même et les sœurs des cinq établissements de Plourivo, Rospez, Pleumeur Gautier, Pluzunet et Langoat doivent subir de nouveau, à Lannion ou à St Brieuc, un interrogatoire semblable aux précédents. Les mêmes sentences sont prononcées : condamnation par le tribunal de Saint Brieuc, acquittement par celui de Lannion.

 

Les deux parties font appel à la Cour de Rennes : la Congrégation pour la sentence de Saint Brieuc et le Ministère pour celle de Lannion.

 

La croix est lourde à porter pour Mère Marie Hippolyte, mais elle demeure ferme dans la foi et dans sa volonté de "marcher à la suite de Jésus sur la voie du Calvaire."

 

A la fin de février 1905, elle est convoquée à la Cour de Rennes. Gravement malade (fièvre typhoïde), elle décide de "tenir debout coûte que coûte et d'aller devant les juges", non seulement pour prendre la défense de la Congrégation de Créhen mais aussi celle des autres instituts religieux. Encore une fois, la Cour d'Appel ne la condamne pas et... l'affaire est portée par le Ministère devant la Cour de Cassation.

 

"Dans le creux de la main divine…"

Août 1905, Mère Marie Hippolyte et l'abbé Hervé (aumônier) partent en Belgique pour la retraite à Wodecq. L'abbé Le Provost, supérieur ecclésiastique de la Congrégation, les rejoint pour se rendre aux Pays-Bas, où les sœurs sont installées depuis le printemps. Le 1er septembre a lieu la bénédiction solennelle de la maison de Sittard, en présence du Doyen, du clergé paroissial et de plusieurs religieux.

 

Pendant ce temps, en France, la Cour de Cassation ne s'est pas encore penchée sur le cas de la Congrégation. L'hiver amène une nouvelle amnistie, à l'occasion de la mort du Président de la République et de l'élection de son successeur.

 

Les premiers mois de l'année 1906 sont marqués par une série de deuils qui affectent la Congrégation : l'abbé Le Provost meurt le 11 mars, Mgr Fallières quelques semaines plus tard, puis, le 31 mai, Mère Sainte Madeleine, secrétaire générale.

Pour succéder à celle-ci dans cette fonction, la supérieure gé-nérale nomme Mère Sainte Félicie, qui est rappelée de Sittard.

 

En juillet, Mère Marie Hippolyte est informée du rejet de la demande d'autorisation faite en 1902 pour l'école de Saint Broladre. Elle rappelle à la Maison Mère les sœurs enseignantes de cette école.

 

A La Prénessaye, où l'école vient d'être laïcisée, la propriété de la maison d'habitation, qui reste occupée par deux sœurs, est revendiquée par la commune qui emploie la force pour faire partir les sœurs. Des amis leur offrent aussitôt l'hospitalité. Peu après, le tribunal leur fait réintégrer la maison qui, par un testament en bonne et due forme, n'avait été léguée à la commune que pour y loger des femmes consacrées.

 

Le 22 septembre, à leur tour, les sœurs de Ruca sont expulsées. Le même jour, Mère Marie Hippolyte et son assistante se rendent à l'évêché pour saluer le nouvel évêque de Saint Brieuc, Mgr Jules Morelle. Là, elles apprennent la menace qui plane sur la Congrégation : la dissolution immédiate…

 

Effectivement, le lendemain, la supérieure générale reçoit une lettre du préfet qui lui fait part des instructions du Ministre de l'Instruction Publique et des Cultes : si la Congrégation ne quitte pas la maison de Plourivo dont la fermeture a été ordonnée il y a plus de trois ans… et d'autres établissements qui se trouvent dans les mêmes con-ditions, "le maintien de ces éta-blissements serait de nature à provoquer le décret de disso-lution envisagé par le Ministre".

 

Dans sa réponse, Mère Marie Hippolyte fait savoir au Préfet que la maison de Plourivo n'existe déjà plus pour la Congrégation. A sa demande, un rendez-vous à la préfecture lui est accordé pour le 27 septembre pour pouvoir exposer les motifs qui ont fait laisser les sœurs dans les établissements autres que Plourivo. Ce jour là, après un bref entretien, le Préfet lui demande de lui envoyer un rapport écrit.

Dans le rapport envoyé dès le lendemain, la supérieure générale retrace toutes les étapes de l'affaire : correctionnelle, Cour d'appel, Cour de Cassation… "J'espère, Monsieur le Préfet", écrit-elle, "que vous voudrez bien voir dans ma conduite, non pas une idée arrêtée de contrevenir à la loi envers et contre tout, mais plutôt le désir de défendre nos droits par les moyens que la jurisprudence et la loi elle-même mettent à notre service..."

 

La réponse préfectorale arrive le 2 octobre : "La jurisprudence actuelle de la Cour de Cassation reconnaît la validité de la simple "notification" comme mode de rejet…" Il invite par conséquent la supérieure générale à se conformer aux mises en demeure qui lui ont été faites...

C'est donc une quarantaine de maisons qui se trouvent dans des conditions que l'adminis-tration appelle illicites. Alors que faire ?...

 

Résister, c'est exposer la Congrégation à la mort. Mais céder, c'est-à-dire amener à la Maison Mère 150 religieuses de plus que le nombre ordinaire, ce serait sa ruine à bref délai. Ce serait aussi priver les paroisses de reli-gieuses catéchistes et infir-mières...

Après réflexion et conseil, Mère Marie Hippolyte riposte, le 6 octobre, en examinant successivement le cas des différentes maisons visées :

"La Congrégation étant mixte - enseignante et hospitalière - les sœurs de Langoat, Rospez, Pleumeur Gautier… comptent user du droit que leur laisse la loi du 7 juillet 1904 d'affecter aux œuvres statutaires de la Congré-gation les immeubles jusqu'ici affectés aux services scolaires."

 

Parmi les autres établissements visés, quatre ont continué leur activité en accord avec le Préfet précédent. Dans d'autres maisons, une ou deux sœurs sont

restées "non pour s'occuper d'œuvres mais pour vivre et mourir au milieu des populations pour lesquelles elles ont épuisé leurs forces…"

Au reçu de cet exposé, clair et net, le Préfet, cette fois, garde le silence pendant quelques semaines… Le 6 décembre, une nouvelle lettre, dénonçant "un état de choses illégal..", demande à la supérieure générale de "fermer immédiatement" trois établisse-ments "sous peine de l'application de la loi." Mère Marie Hippolyte accepte de fermer l'école mater-nelle de Brélévenez, mais main-tient sa résistance pour les autres maisons.

 

Sa retraite spirituelle de 1906 l'a singulièrement affermie dans la sérénité et la confiance : "Au milieu des difficultés incalculables que la Providence met sous mes pas, c'est dans l'abandon que je trouve ma force et ma consolation… Jésus, je m'abandonne dans le creux de votre main divine." 

 

Garder mémoire

L'année 1907, comme les années précédentes, est jalonnée pour Mère Marie Hippolyte de multiples soucis, mais aussi de grandes joies.

Au cours de deux cérémonies - l'une en avril, l'autre en août - 21 postulantes entrent au noviciat et 13 novices font profession. Mais, dans la conjoncture actuelle, où donc la supérieure générale va-t-elle en-voyer les jeunes sœurs en mission ? Plusieurs partent en Belgique et aux Pays-Bas.

 

D'autre part, la Congrégation commence à répondre à des appels d'un nouveau genre qui lui parviennent de collèges, séminaires et évêchés pour des services non scolaires. Mère Marie Hippolyte et son Conseil pensent que les sœurs collaborent ainsi, au moins indi-rectement, à l'éducation de la jeunesse et à l'évangélisation.

 

Pendant ce temps, l'affaire de Rospez, Langoat, Pleumeur Gautier et Plumieux - en sommeil depuis l'amnistie de 1905 - rebondit. L'époque des expulsions par la force est terminée ; le gouvernement a compris que cette méthode ne joue pas en sa faveur, il s'efforce de parvenir à ses fins par la persuasion et la simple menace. Mère Marie Hippolyte ne se laisse pas intimider. Elle ne "capitule" que lorsque le gouverne-ment signe un décret de fermeture de ces communautés le 16 septembre 1908. Une religieuse seule reste dans chaque commune pour des activités non scolaires.

 

A plusieurs reprises, la supérieure générale et ses conseillères se sont entretenues d'un projet de "bulletin" de Congrégation qui, en étant "l'écho" des événements de l'Eglise, du monde, de la Maison Mère, des fondations… serait un lien entre les communautés. Encouragées par Mgr Morelle, évêque de Saint Brieuc, elles font paraître, en janvier 1911, le premier numéro du bulletin "Echo de la Divine Providence de Créhen".

 

Face à la situation incertaine de sa famille religieuse, Mère Marie Hippolyte est consciente de l'importance de garder mémoire du che-min parcouru pour marcher plus avant, comme l'a fait le Père Homery en écrivant l'"Histoire de la fondation". Constatant un "trou" regrettable dans l'histoire récente, elle sent le devoir de combler cette lacune. Elle prend un petit carnet et commence à écrire "Mes souve-nirs, de 1902 à…" Un deuxième carnet nous mène jusqu'en mai 1907.

 

Par les "notes" de la nouvelle secrétaire générale nous apprenons qu'en 1912, 5 écoles sont laïcisées. Il ne reste plus à la Congrégation que 8 écoles, qui seront laïcisées à partir du 1er janvier 1914. Dans les communes visées, la population, le clergé, des bienfaiteurs mettent tout en œuvre pour faciliter l'ouverture d'une école libre. Celle de Créhen est ouverte le 18 novembre 1913.

 

Les années de guerre

En 1914, les événements vont se précipiter. C'est en effet le 7 juillet au plus tard que doit être achevée l'exécution des mesures exigées par la loi du 7 juillet 1904 : le 6 juillet, deux gendarmes de Plancoët demandent à voir Mère Marie Hippolyte. Comme elle est absente, ils reviennent le lendemain lui remettre la notification d'un décret signé le 30 juin par le ministre Malvy. Ce décret met fin à la tolérance accordée précédemment aux 5 dernières écoles tenues par les Filles de la Divine Providence ; d'autre part il est rappelé à la supérieure générale qu'elle doit expurger les statuts de la Congrégation des dispositions relatives à l'enseignement en France. Et, si ce nouveau texte n'est pas soumis au gouvernement avant six mois, la dissolution de l'institut sera prononcée ; il n'aura plus le droit d'exister en France.

 

En recevant ce décret, Mère Marie Hippolyte pense à l'épreuve vécue par la Congrégation des Filles de Sainte Marie de la Présentation de Broons. Malgré la révision de ses statuts, elle a été déclarée dissoute en janvier 1914 et, le 30 juin, les sœurs ont été expulsées de leur Maison Mère.

Mais l'assassinat à Sarajevo de l'archiduc François Joseph, héritier de la couronne d'Autriche, le 28 juin, va modifier le cours des événements… La guerre est inévitable : du 28 juillet au 03 août, l'Autriche, la Serbie, la Russie, l'Allemagne puis la France entrent dans le conflit. Le 2 août, la France mobilise l'armée et un nouvel arrêté du ministre Malvy déclare "suspendues toutes les affaires administratives et judiciaires atteignant les congrégations".

 

Mère Marie Hippolyte invite toutes les sœurs à prier pour la paix, pour les soldats et les blessés. Dès le 10 août, par l'entremise de Mgr Morelle, elle prend contact avec les responsables de l'armée fran-çaise à Saint Brieuc pour mettre 100 lits à leur disposition. Après des demandes successives de la sous-préfecture de Dinan, de la préfec-ture de Saint Brieuc et du Service de Santé de Rennes pour accueillir des vieillards, des malades de Paris ou des soldats blessés, c'est finalement l'autorité militaire qui a gain de cause et obtient de la supé-rieure générale 250 lits pour les blessés et leurs infirmières militaires.

 

C'est ainsi que la Divine Providence de Créhen devient "l'hôpital complémentaire n°16". Celui-ci va fonctionner jusqu'en mai 1919. Durant ces cinq années, 12 sœurs de la Congrégation prodiguent cons-tamment leurs soins aux blessés et aux malades sous la direction du médecin-chef affecté à l'hôpital.

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